Du coup, cet individualisme crée une situation où les seuls logiciels « libres » qui peuvent avoir (parfois, ponctuellement) un peu de succès à grande échelle, c’est les trucs gérés par des… entreprises capitalistes : Firefox (avant que la direction corrompue de Mozilla corp. commence à le saboter), Ubuntu, ProtonMail, etc., parce que l’objectif de ces entreprises est (ou a été, enfin bref) de s’adresser au grand public. Du coup ça les force à être pragmatiques.
Sauf que, comme c’est des entreprises capitalistes, elles font pas ça par bonté d’âme et par volonté désintéressée et humaniste de démocratiser ces outils ou de donner du pouvoir à la population, mais dans leur intérêt d’entreprises capitalistes, et ça pose plein de problèmes, comme justement les trahisons, sabotages, et le fait que ben, du coup c’est au final des entreprises qui profitent du travail bénévole de la « communauté » sur ces projets.
Bien sûr, il y a aussi à l’évidence une question de moyens et de budget, j’en suis conscient hein, et c’est évident que le budget de ce genre de grosses orgas/entreprises leur permet de consacrer plus de ressources à la question de l’ergonomie que ce que des bénévoles isolé·e·s pourraient faire. Certes.
Malgré tout, les bénévoles pourraient faire pas mal de trucs quand même, et font déjà pas mal de trucs en fait, produisent déjà collectivement énormément, dans plein de projets libres ici ou là. Suffit de voir la quantité de logiciels libres partout avec des tas de fonctionnalités incroyables.
Mais comme la « communauté » du libre est désorganisée, et fonctionne sur cette logique individualiste du « chacun·e dans son coin » (et est pas vraiment une « communauté » du coup, mais un ensemble d’individu·e·s isolé·e·s et pas coordonné·e·s du tout), ben elle produit en fait presque que des outils complexes qui ne peuvent pas être grand public, et seules les versions repackagées de ces outils faites par des entreprises, plus ergonomiques, peuvent avoir vraiment du succès !
Ce qui laisse à des entreprises capitalistes, et seulement à elles, la possibilité d’en « profiter ». 😬
Du coup, cette logique individualiste est totalement encouragée par les entreprises qui financent (directement ou indirectement) le « libre », parce que sinon elles ne pourraient pas bénéficier de tout ce travail gratuit. Leur intérêt est de conserver leur position centrale comme seule porte d’accès pour le grand public à tous ces logiciels, et donc que les logiciels produits par la « communauté » désorganisée du libre restent complexes et élitistes.
Et la seule « solution » pour sortir de cette logique individualiste et inverser la tendance, serait d’admettre la nécessité de se donner les moyens de se coordonner à grande échelle, pour devenir vraiment une « communauté », capable d’agir ensemble dans un but commun, et pas une somme de gens éparpillé·e·s.
Mais ça nécessite forcément de pouvoir prendre des décisions collectivement, à grande échelle, et donc c’est compliqué, vu que ça ne pourrait se faire vraiment qu’en… démocratie directe (vous l’attendiez 😐), parce que, ben, toute organisation basée sur une hiérarchie (qu’elle soit élue ou choisie d’une autre façon), avec une poignée de gens au « sommet » qui décident et fixent les grandes orientations, et le reste/la masse en dessous qui l’accepterait et suivrait globalement ses décisions, serait vulnérable tôt ou tard à la corruption de ses leaders au sommet, et donc au sabotage, et à plein d’autres problèmes.