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  • Jan 24, 2025, 12:08 PM

    Du coup, cet individualisme crée une situation où les seuls logiciels « libres » qui peuvent avoir (parfois, ponctuellement) un peu de succès à grande échelle, c’est les trucs gérés par des… entreprises capitalistes : Firefox (avant que la direction corrompue de Mozilla corp. commence à le saboter), Ubuntu, ProtonMail, etc., parce que l’objectif de ces entreprises est (ou a été, enfin bref) de s’adresser au grand public. Du coup ça les force à être pragmatiques.
    Sauf que, comme c’est des entreprises capitalistes, elles font pas ça par bonté d’âme et par volonté désintéressée et humaniste de démocratiser ces outils ou de donner du pouvoir à la population, mais dans leur intérêt d’entreprises capitalistes, et ça pose plein de problèmes, comme justement les trahisons, sabotages, et le fait que ben, du coup c’est au final des entreprises qui profitent du travail bénévole de la « communauté » sur ces projets.

    Bien sûr, il y a aussi à l’évidence une question de moyens et de budget, j’en suis conscient hein, et c’est évident que le budget de ce genre de grosses orgas/entreprises leur permet de consacrer plus de ressources à la question de l’ergonomie que ce que des bénévoles isolé·e·s pourraient faire. Certes.

    Malgré tout, les bénévoles pourraient faire pas mal de trucs quand même, et font déjà pas mal de trucs en fait, produisent déjà collectivement énormément, dans plein de projets libres ici ou là. Suffit de voir la quantité de logiciels libres partout avec des tas de fonctionnalités incroyables.
    Mais comme la « communauté » du libre est désorganisée, et fonctionne sur cette logique individualiste du « chacun·e dans son coin » (et est pas vraiment une « communauté » du coup, mais un ensemble d’individu·e·s isolé·e·s et pas coordonné·e·s du tout), ben elle produit en fait presque que des outils complexes qui ne peuvent pas être grand public, et seules les versions repackagées de ces outils faites par des entreprises, plus ergonomiques, peuvent avoir vraiment du succès !

    Ce qui laisse à des entreprises capitalistes, et seulement à elles, la possibilité d’en « profiter ». 😬

    Du coup, cette logique individualiste est totalement encouragée par les entreprises qui financent (directement ou indirectement) le « libre », parce que sinon elles ne pourraient pas bénéficier de tout ce travail gratuit. Leur intérêt est de conserver leur position centrale comme seule porte d’accès pour le grand public à tous ces logiciels, et donc que les logiciels produits par la « communauté » désorganisée du libre restent complexes et élitistes.

    Et la seule « solution » pour sortir de cette logique individualiste et inverser la tendance, serait d’admettre la nécessité de se donner les moyens de se coordonner à grande échelle, pour devenir vraiment une « communauté », capable d’agir ensemble dans un but commun, et pas une somme de gens éparpillé·e·s.
    Mais ça nécessite forcément de pouvoir prendre des décisions collectivement, à grande échelle, et donc c’est compliqué, vu que ça ne pourrait se faire vraiment qu’en… démocratie directe (vous l’attendiez 😐), parce que, ben, toute organisation basée sur une hiérarchie (qu’elle soit élue ou choisie d’une autre façon), avec une poignée de gens au « sommet » qui décident et fixent les grandes orientations, et le reste/la masse en dessous qui l’accepterait et suivrait globalement ses décisions, serait vulnérable tôt ou tard à la corruption de ses leaders au sommet, et donc au sabotage, et à plein d’autres problèmes.

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  • Jan 24, 2025, 12:09 PM

    Au passage et par avance, c’est pas la peine de m’ensevelir de commentaires si c’est pour venir m’expliquer des trucs évidents que tout le monde sait déjà, en mode « non mais t’es bête, c’est pas possible de faire de la démocratie directe sur internet tfaçon parce que tout le monde peut créer autant de comptes qu’il veut et pourrait voter plein de fois hein 😉 », parce qu’à l’évidence je suis déjà au courant, merci. 😐

    Mais en fait, ça c’est justement une des difficultés pratiques, à laquelle il faudra bien qu’on s’attaque un jour, tôt ou tard, cette possibilité de créer autant de comptes qu’on veut, parce que c’est un des principaux problèmes sur internet actuellement et que ça entraîne plein d’autres problèmes graves et qui ne feront que s’aggraver dans les années qui viennent :

    1. déjà ça permet à des gens de créer des tas de faux comptes, donc. Ce qui permet par exemple à des militant·e·s fachos très motivé·e·s d’inonder les RS ou les sections « commentaires » des sites de presse de tas de commentaires racistes, et de donner l’impression que leur point de vue serait plus répandu et accepté qu’il ne l’est vraiment. Et ça devient encore pire et va devenir de plus en plus dramatique avec les IA qui peuvent automatiser ça…
    2. et ensuite, ça interdit donc les prises de décisions « démocratiques », puisqu’on n’a aucun moyen de s’assurer qu’une personne ne puisse voter qu’une seule fois, et pas cent ou mille avec des faux comptes, et donc risque de fausser complètement les votes.
    3. du coup, la conséquence terrible de ça à laquelle on pense pas, c’est qu’on en est réduit·e·s, pour tenter de contourner le problème, à accorder du « pouvoir de décision » non pas démocratiquement (puisqu’on peut pas), mais au « mérite » supposé.

      C’est à dire qu’on va considérer, de façon plus ou moins implicite ou explicite, que les gens qui s’impliquent le plus dans les projets libres seraient plus légitimes que les autres, et leur laisser les rênes. Or c’est pas parce que des gens ont la possibilité s’impliquer plus qu’iels seraient forcément bien intentionné·e·s. Cf la wikipedia fr, où les fachos transphobes ont carrément fini par être nommé·e·s officiellement modos/admins, et de là imposent leurs idées de merde à la masse des gens de façon de plus en plus arbitraire. Ou sinon, dans le développement, où la parole des « personnalités » du « libre » les plus impliquées compte plus que celle de tout le monde, et où ces personnalités imposent souvent leur vision/leurs orientations aux projets en pratique, même quand c’est des gros connards imbus de leur personne et élitistes. 😬

    En fait, la logique actuelle, non démocratique, fait donc que le pouvoir effectif de décision dans la « communauté » du « libre » est aujourd’hui en pratique délégué « naturellement » au petit nombre de personnes qui peuvent le plus s’impliquer. Et qui vont être en pratique plus souvent des hommes blancs aisés, parce que, ben, les gens des catégories opprimées sont généralement plus précaires et ont mécaniquement moins de temps libre et de moyens pour s’impliquer dans ce genre de projets.

    Résultat de tout ça : la logique actuelle laisse en pratique mécaniquement le pouvoir de décision dans la « communauté » du libre, sans le dire et sans qu’on l’analyse, soit à des entreprises capitalistes, soit à des gens qui ne peuvent être que majoritairement privilégié·e·s, et donc élitistes et individualistes. Et qui n’ont donc pas intérêt à ce que ça change, et donc dénigreront/rejetteront forcément les revendications de vraie démocratie, entre autres sous ce prétexte que ce serait supposément pas possible. 😬

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  • Jan 24, 2025, 12:12 PM

    Bien sûr, surmonter ça et faire un truc vraiment démocratique est compliqué, là aussi j’en suis conscient, et ça impliquerait d’une façon ou d’une autre d’arriver à avoir des vraies preuves de personnalité/d’existence/d’humanité/d’unicité (« proof of personhood » en anglais, je sais pas comment traduire 😐), c’est à dire la preuve qu’un seul être humain ne crée qu’un seul compte. Le tout sans sacrifier la vie privée des gens.
    Certes c’est pas facile, mais il faudra bien qu’on s’attaque au problème un jour, sans quoi on continuera à perdre hein.

    En attendant on pourrait déjà imaginer pour commencer, des façons plus simples et raisonnables de s’en approcher un peu, de limiter un peu les inconvénients par rapport à la situation catastrophique actuelle.
    Par exemple on pourrait exiger que chaque compte créé doive être validé par un numéro de téléphone portable (avec des mécanismes pour que personne ne puisse lier un compte à son numéro, genre jetons cryptographiques anonymes et de réseaux de mélange, mais je passe les détails. Et tout ça devrait bien sûr être automatisé pour que les utilisateurs·trices subissent le moins possible la complexité).
    Bien sûr ce serait pas parfait, mais comme la plupart des gens ont un (et un seul) numéro de portable, et que c’est coûteux d’en avoir plusieurs, ça rendrait au minimum la création de centaines/milliers de comptes multiples bien plus onéreuse/complexe, puisqu’il faudrait avoir un numéro de portable par compte. C’est la façon dont l’appli Signal arrive à limiter assez efficacement le spam, il me semble.

    (Et pour les gens qui n’ont pas de portable, et dont on veut pas qu’iels soient complètement exclu·e·s quand même, on pourrait par exemple imaginer un système d’invitation, où chaque personne qui a un compte validé par un numéro pourrait inviter une et une seule autre personne qui pourrait se créer un compte, mais ptètre sans droit de vote pour pas fausser, mais qui pourrait quand même participer aux discussions. D’autres compromis peuvent être trouvés, comme par exemple que plusieurs personnes invitent, et si trois personnes invitent quelqu’un, le compte créé a aussi le droit de vote. Au pire ça donnerai aux « tricheurs·euses » que 33 % de voix « gratuites » en plus, mais permettrait aux gens sans portable de participer à égalité avec les autres, etc.)

    C’est que des exemples simplifiés et schématisés bien sûr.

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  • Jan 24, 2025, 12:13 PM

    Bref je schématise beaucoup pour raccourcir un tout petit peu bien sûr. Évidemment il y a plein de questions complexes à répondre.

    Ça implique de réfléchir à tout ça, à comment on pourrait commencer concrètement (en attendant d’avoir des vraies preuves d’unicité/proofs of personhood fiables et tout, ce qui doit rester un objectif de moyen/long terme).

    Et il y a plein d’autres questions/difficultés/obstacles aussi, comme « Comment on fait pour que les gens s’impliquent sur le long terme et pour éviter la fatigue démocratique ? Et pour qu’iels s’informent vraiment bien avant de voter ? Comment on évite que des petits groupes bien coordonnés arrivent à fausser des votes sur des sujets qui intéressent peu de monde et où seulement quelques poignées de personnes participent ? », etc.
    Ces difficultés sont pas seulement techniques, mais aussi « sociales » et nécessitent de réfléchir aux comportements sociaux des gens à grande échelle avec une approche « sociologique » (par manque d’un meilleur terme ?) plutôt qu’individualiste et culpabilisante.

    Plutôt que de se contenter de blâmer la masse des gens qui s’impliquent pas autant que nous, qui quittent pas twitter ou les GAFAM, etc. parce que c’est plus confortable de blâmer les utilisateurs·trices finales·aux, prendre peut-être un peu de recul et se demander quelles sont les raisons structurelles de ça, quels sont les mécanismes globaux qui les dissuadent, et les incitations/désincitations existantes qui génèrent ça à grande échelle, et sur quoi est-ce qu’on peut agir.
    Se demander quelles mesures on pourrait prendre à grande échelle et quelles incitations on pourrait mettre en place pour contrer un peu ça et améliorer la situation, pour que le truc fonctionne bien à grande échelle et sur le long terme, et génère pas de la fatigue démocratique mais entretienne au contraire l’implication des gens, pour que le pouvoir effectif reste vraiment réparti le plus largement possible parmi la population, et qu’on n’ait pas un petit groupe de personnes charismatiques qui finissent par s’accaparer progressivement énormément d’influence, etc.

    Bref, faire un analyse politique des comportements globaux des gens et des conditions matérielles et incitations qui génèrent ces comportements globaux, et pas d’aborder ça d’une façon dépolitisée et individualisante.

    Évidemment c’est compliqué. C’est un objectif ambitieux que la démocratie. On pourra réussir ça que sur le long terme, à force de discussions et d’expérimentations, et ça prendra évidemment du temps et ce sera compliqué et probablement frustrant.

    Mais vu qu’on n’a pas le choix, et que si on fait pas ça on continuera de foncer vers le mur fascisme en klaxonnant, on devrait faire de ça collectivement une de nos premières priorités, et y consacrer le temps et l’énergie que ça mérite. 😬

    Bref, je vais pas développer plus pour l’instant car c’est déjà assez long et que flemme, et je ne répondrai probablement pas non plus aux nombreux commentaires et chipotages qui viendront, vu que j’ai de toute façon pas réponse à tout, mais l’essentiel c’est que : tant qu’on n’admet pas la nécessité de s’organiser et de se coordonner collectivement à grande échelle sans passer par de la délégation, et donc en démocratie directe, et qu’on y consacre pas le temps et l’énergie qu’on devrait y consacrer, on continuera de perdre.

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